Vous avez une formation en biologie et en écologie avant de vous consacrer à la musique. Qu’est-ce qui a provoqué ce basculement ?
Je crois que j’ai toujours cherché la même chose, simplement avec des outils différents. Dans la science comme dans la musique, il s’agit d’observer, d’écouter, de comprendre les équilibres du vivant. J’ai commencé par étudier les écosystèmes ; aujourd’hui, je m’intéresse à ceux du son. Il y a une même rigueur, mais aussi une part d’intuition. Et la musique a fini par s’imposer comme mon espace de liberté.
Vos racines grecques occupent une place très forte dans votre univers musical. Comment nourrissent-elles votre travail ?
Elles me rappellent d’où je viens. La Méditerranée, c’est une manière d’habiter le monde, de se relier aux autres. J’ai grandi avec les langues, les chants, les saveurs et les récits qui circulent d’une rive à l’autre. Quand je chante, cette mémoire affleure naturellement : dans le goût des ornementations, des rythmes dansés, des mélismes. Même dans le répertoire baroque, j’entends cette chaleur, cette lumière et cette pulsation du Sud.
Votre répertoire est très ouvert : baroque, musiques méditerranéennes, jazz. Qu’est-ce qui relie ces univers ?
La liberté, sans hésiter. Ce sont des musiques qui laissent de l’espace à l’interprétation, à l’écoute et à la rencontre. Chacune possède ses codes, son histoire, mais toutes m’invitent à rester vivante dans l’instant. J’aime lorsque la musique conserve une part d’inattendu, lorsque quelque chose peut surgir d’une respiration commune ou d’une énergie particulière entre les musiciens. C’est cette sensation de mouvement qui me touche.
Comment travaillez-vous cette dimension de liberté sur scène ?
C’est avant tout une question d’écoute. Rien n’est totalement figé : je me laisse traverser par la salle, les musiciens, la respiration du moment. Parfois une nuance, un silence ou un regard suffit à transformer la couleur d’une interprétation. C’est une forme de présence totale, à la fois fragile et intense, qui laisse une place à la surprise et à une certaine magie du vivant.
Vous parlez souvent du corps, du goût et de la texture du son...
Oui, parce que chanter, c’est profondément physique. Le son naît dans le corps avant de voyager vers les autres. J’ai besoin de retrouver ce lien sensoriel avec la musique : sentir le son, presque le toucher. J’aime aussi les passerelles avec la cuisine, la danse ou l’artisanat. On y retrouve les mêmes questions de matière, de rythme, de geste et d’équilibre. Tout cela nourrit ma manière de chanter.
La transmission semble également occuper une place importante dans votre parcours.
Oui, profondément. Enseigner me permet de transmettre des outils, bien sûr, mais aussi une manière d’écouter et d’habiter la musique. J’aime accompagner chacun dans la découverte de sa propre voix. C’est un travail qui nourrit aussi ma pratique d’artiste : il me rappelle sans cesse que la musique est avant tout une aventure humaine et un partage.
Comment définiriez-vous votre identité artistique aujourd’hui ?
Je suis une artiste lyrique profondément attachée aux répertoires baroques et aux cultures méditerranéennes qui m’ont construite. J’aime faire dialoguer ces héritages avec d’autres horizons et créer des passerelles entre les époques, les langues et les sensibilités. Mon travail se situe sans doute à cet endroit : entre mémoire et mouvement, enracinement et ouverture.
Et demain ?
Continuer à chercher. Approfondir les liens entre les répertoires qui me nourrissent, imaginer de nouvelles rencontres artistiques et rester fidèle à ce qui m’anime depuis toujours : la curiosité. Garder ouverte cette porte vers l’inattendu, parce que c’est souvent là que naissent les plus belles émotions.